Saviez-vous que le point le plus bas de France ne se trouve pas dans une vallée de montagne ou dans un canyon, mais dans un polder agricole à côté de Dunkerque ? Les Moeren (les Marais, en vieux flamand) s'étendent à cheval sur la frontière franco-belge, culminant à près de 4 mètres sous le niveau de la mer. Une terre conquise sur l'eau aux paysages géométriques fascinants.
Wenceslas Cobergher : le génie flamand de l'assèchement
Au début du XVIIe siècle, les Moeren étaient un immense marécage d'eau saumâtre stérile, régulièrement inondé par les marées. En 1619, les archiducs d'Autriche confient l'assèchement de la zone à l'ingénieur et peintre Wenceslas Cobergher. Cobergher conçoit un système hydraulique titanesque : il fait creuser un canal circulaire de ceinture (le *ringsloot*) et installe plus d'une vingtaine de moulins à vent équipés de vis d'Archimède pour pomper l'eau des marais vers la mer.
En quelques années, le marais est asséché et transformé en une plaine agricole d'une fertilité exceptionnelle. Aujourd'hui, le réseau de canaux d'évacuation (*les wateringues*) est géré par des stations de pompage électriques modernes, mais les Moeren restent sous la menace permanente de l'eau. Si les pompes s'arrêtaient, la plaine redeviendrait un marais en quelques jours.
Randonner au milieu des Moeren
Marcher dans les Moeren, c'est faire l'expérience d'un paysage d'une planéité et d'une géométrie absolues. Les routes et les canaux d'évacuation dessinent des lignes droites parfaites à perte de vue. Le ciel y est immense, changeant sous le vent constant du large. Une boucle de randonnée de 12 kilomètres au départ de la mairie des Moeren permet de longer les canaux de drainage et d'observer les anciens moulins restaurés. C'est calme, désert, et parfait pour vider la tête le weekend. (Prévoyez des vêtements chauds et imperméables : il a plu. Normal. On est dans le Nord).