Le départ : digue de Mer de Malo-les-Bains

On commence sur la digue de Mer de Malo-les-Bains, le boulevard qui longe la plage côté nord. C'est le point de départ logique : facile d'accès depuis la gare de Dunkerque (15 minutes à pied ou en tram ligne 1, arrêt Malo-les-Bains digue), large, bien signalé, et déjà tourné vers la mer. Si vous n'avez pas votre propre vélo, les stations Vélam, le système de vélos en libre-service de l'agglomération dunkerquoise, jalonnent la digue. Comptez 1€ pour 30 minutes ou 3€ pour la journée. L'application fonctionne bien, les vélos sont corrects, même si les selles sont réglées pour des géants nordiques en moyenne.

Le chemin côtier part vers l'est depuis la digue. La plage est à gauche (souvent à quelques mètres en contrebas selon la marée), les dunes à droite. Le trafic automobile est inexistant sur ce tronçon, c'est une piste cyclable et piétonne qui longe les dunes de Flandre. En brouillard de mai ou en soleil d'août, c'est un des plus beaux 15 kilomètres qu'on connaisse dans la région. Plat. Absolu. Rien devant sauf la mer et les dunes, et parfois un chien qui court et un enfant derrière.

La route : via Bray-Dunes, les dunes, et rien d'autre

On longe d'abord Bray-Dunes, la commune française la plus à l'est sur la côte, à 9 km de Malo. Bray-Dunes a une plage immense et peu fréquentée, des dunes préservées, et une atmosphère de station balnéaire des années 70 qui n'a pas trop bougé. On peut s'y arrêter pour un café ou continuer, le chemin continue vers l'est sans interruption.

Le profil de l'itinéraire est d'une platitude remarquable. Aucun dénivelé, aucune côte. On longe les dunes en légère montée de quelques mètres par moments, mais jamais rien qui justifie de changer de braquet. C'est un trajet de récupération, de conversation, ou de silence selon l'humeur. La mer est là en permanence, quelque part derrière le rideau de dunes, on l'entend plus qu'on ne la voit, ce qui est une façon agréable d'être accompagné.

Vers le 11e kilomètre, quelque chose change imperceptiblement. Un panneau routier : De Panne 4 km, en néerlandais. On est en Belgique. Pas de douane, pas de ligne marquée au sol, pas de changement de paysage. Juste la langue des panneaux qui bascule. Traverser la frontière en moins de 15 minutes de pédalage depuis Bray-Dunes, c'est la chose la plus anodine du monde, et c'est exactement ça qui est bien.

De Panne : la friterie, les gaufres, l'estaminet

De Panne est la première ville belge côté Flandre occidentale. C'est une station balnéaire de taille modeste (11 000 habitants), avec une large plage, des hôtels en bord de mer, et une vie locale qui n'est pas entièrement tournée vers le tourisme. En mai ou en septembre, on y croise autant de locals que de touristes, c'est à cette époque qu'on préfère y aller.

La halte obligatoire à De Panne, c'est la friterie 't Bolleke, dans le centre-ville, à cinq minutes à vélo de la plage. C'est une vraie baraque à frites, pas le truc pour touristes, des frites double cuisson à la graisse de bœuf, des sauces maison (l'andalouse est honnête, la samurai est excessive mais assumée), servies dans un cornet en papier journal. Les frites belges en général, et celles de 't Bolleke en particulier, justifient à elles seules le détour depuis Malo. Si vous dites non, on ne discute plus.

Pour les gaufres : la boulangerie-pâtisserie Smaak, deux rues derrière le Markt, propose des gaufres de Liège chaudes (avec perles de sucre qui caramélisent) et des gaufres de Bruxelles (croustillantes, légères, à la crème et aux fraises en saison). On recommande d'en manger une des deux sur place et d'en prendre une de l'autre pour la route. Budget gaufre : 3-5€. C'est raisonnable pour quelque chose d'aussi bon.

Si on s'arrête pour manger quelque chose de plus consistant, l'estaminet De Maere à De Panne sert de la cuisine flamande classique, waterzooi de poulet, croquettes aux crevettes grises, moules en saison. Cadre en bois foncé, bières belges à la pression, service en néerlandais (mais les gens comprennent le français). Formule midi autour de 15-18€.

Aller jusqu'à Oostduinkerke : les pêcheurs à cheval

Si la journée est belle et qu'on a encore des jambes, on conseille de continuer 5 kilomètres au-delà de De Panne jusqu'à Koksijde et son quartier balnéaire d'Oostduinkerke. Pour une raison précise : les pêcheurs à cheval.

La pêche à la crevette à cheval est une tradition unique au monde, pratiquée exclusivement à Oostduinkerke depuis le XVe siècle. Des chevaux de trait (des Brabançons ou des Ardennais, des bêtes massives de 700 à 800 kg) entrent dans la mer jusqu'aux poitrails, tirant des filets de pêche qui racle les fonds sableux. Les pêcheurs, une douzaine de familles se transmettent la tradition, récoltent les crevettes dans les filets, puis les sèchent et les vendent sur place ou dans les friteries locales.

La pêche à cheval est classée au Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2013. Ce n'est pas un spectacle organisé pour les touristes, les sorties ont lieu selon les conditions de mer et les marées (généralement à marée descendante, le matin). Les meilleures périodes pour les voir : mai à septembre, en semaine ou le week-end selon les familles. L'Office de tourisme de Koksijde publie les dates des sorties sur leur site, on vous conseille de vérifier avant de venir exprès pour ça, mais si on est là et que les conditions sont bonnes, les chevaux dans la mer du Nord sont une image qui reste.

La crevette grise (la vraie, pas la crevette rose importée) qu'on peut acheter à Oostduinkerke ou dans les friteries de De Panne est parmi les meilleures qu'on ait mangées. Petite, ferme, iodée, les croquettes aux crevettes grises belges avec leur béchamel maison sont, avec les frites, le meilleur argument gastronomique de ce coin de côte.

Le retour : même chemin ou tram côtier belge

Pour le retour, deux options selon l'état des jambes et de la volonté.

L'option sportive : on reprend le même chemin en sens inverse. 15 km de De Panne à Malo, toujours plat, toujours la mer. Le vent peut avoir changé de direction, sur la côte, il vient souvent du sud-ouest le matin et tourne à l'ouest l'après-midi, ce qui peut donner un vent de face en rentrant. Ce n'est rien de dramatique, mais ça se sent.

L'option confort : le Tram côtier, le Kusttram de De Lijn, longe toute la côte belge de De Panne à Knokke-Heist (67 km, le plus long tram du monde). Depuis De Panne, on prend le tram direction Oostende, et il s'arrête à Adinkerke, De Panne, puis continue vers l'est. Problème : le tram n'accepte pas les vélos en période de pointe ni les week-ends ensoleillés en été, il y a trop de monde. En dehors saison ou un dimanche gris, les vélos passent généralement sans problème (wagons spéciaux vélos). Vérifiez les conditions De Lijn avant de partir si vous comptez sur cette option pour le retour, ne vous retrouvez pas à De Panne avec un vélo Vélam et un dernier tram plein.

Une troisième option pour ceux qui ont loué un vélo côté belge : certaines locations à De Panne permettent de déposer le vélo à De Panne et de prendre le tram seul pour rentrer à Bray-Dunes ou Malo. À vérifier directement avec le loueur.

Ce qu'on retient de ce dimanche matin

On est rentrés à Malo-les-Bains à 15h, avec des frites dans l'estomac, du sable dans les chaussures, et une photo floue de chevaux dans la mer qu'on a essayé d'expliquer à nos amis lillois le soir. Ils n'ont pas vraiment compris. C'est peut-être pour ça qu'il faut y aller soi-même.

La frontière à vélo, c'est la meilleure leçon de géographie qu'on puisse s'offrir dans cette région. On comprend physiquement, avec les jambes et les yeux, que Dunkerque n'est pas une ville isolée dans une plaine industrielle, c'est une ville du bout d'une côte qui continue de l'autre côté d'un panneau bilingue, jusqu'à De Panne, jusqu'à Koksijde, jusqu'à Nieuport et Ostende. La mer est la même. Le vent est le même. La langue change, les frites restent.