Ce que le film a montré, et ce qui est vrai
Bienvenue chez les Ch'tis, sorti en février 2008, a dépassé les 20 millions d'entrées en France. Record absolu. Pendant des mois, la question a été de savoir si le tournage allait transformer Bergues en parc d'attractions. On a eu peur. Et puis non, enfin, presque pas.
Dany Boon a choisi Bergues pour une raison simple : l'endroit ressemble à ce qu'il voulait montrer. Le beffroi, les remparts, les canaux, les rues pavées et les façades à pignons flamands, rien n'a été reconstruit. La poste du film est une vraie poste (enfin, était : elle a fermé depuis, comme partout). Le café de Claudette, c'était un vrai café de village. Le film n'a pas menti. Il a juste eu de la chance de trouver un endroit qui correspondait exactement à son scénario.
Ce qui est exagéré dans le film : l'accent (même ici, les gens ne parlent pas ch'ti à ce point-là, sauf peut-être le samedi soir au café). Ce qui est vrai : la solidarité, la fierté locale, et la tradition de déjeuner en équipe avec de la bière à midi quand c'est l'anniversaire de quelqu'un. On ne précisera pas d'où vient cette information.
Le beffroi : un monument qui joue en équipe
Le beffroi de Bergues est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1999, mais pas seul. Il fait partie d'un ensemble de 56 beffrois de Belgique et de France du Nord inscrits collectivement comme « Beffrois de Belgique et de France ». L'idée est belle : ce n'est pas un monument isolé, c'est une tradition urbaine commune à toute une région, depuis le Moyen Âge.
Le beffroi de Bergues date du XVIe siècle dans ses parties les plus anciennes, mais il a souffert des guerres, gravement pendant la Seconde Guerre mondiale. Celui qu'on voit aujourd'hui est en grande partie une reconstruction, mais c'est une reconstruction réussie, fidèle à l'original. On monte les 230 marches, et depuis le sommet par temps clair, on voit Dunkerque, les Monts de Flandre, et par beau temps jusqu'au littoral belge. On vous recommande de vérifier les horaires d'ouverture avant d'y aller (ils varient selon les saisons).
Les remparts Vauban : 17e siècle, impeccable état
Vauban. Le nom revient dans toute la région, à Dunkerque, à Gravelines, et ici à Bergues. Sébastien Le Prestre de Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV, a redessiné les fortifications de Bergues dans les années 1680. L'enceinte bastionnée qu'il a laissée est l'une des mieux conservées du nord de la France.
La particularité des remparts de Bergues, c'est qu'on peut les longer à pied, ou à vélo, sur presque toute leur circonférence. Les douves sont toujours en eau, les bastions sont accessibles, et l'ensemble forme une promenade d'environ 3 kilomètres qui fait le tour du centre historique. C'est une des balades les plus agréables du Dunkerquois, et personne ne le sait. Le dimanche matin, vous y serez avec les joggers locaux et quelques canards. C'est très bien comme ça.
Une chose à savoir : les remparts de Bergues ne sont pas encore inscrits à l'UNESCO à titre individuel (contrairement à ceux de Gravelines et d'autres sites Vauban en France). Ils mériteraient d'y être. On le dit.
L'abbaye Saint-Winoc : le fantôme de la ville
Fondée au VIIe siècle par saint Winoc, moine irlandais, parce que oui, les Irlandais ont évangélisé la Flandre avant les Francs, c'est un fait historique qu'on oublie trop souvent, l'abbaye Saint-Winoc a connu une histoire mouvementée. Pillée, incendiée, reconstruite, finalement détruite pendant la Révolution française.
Ce qu'il en reste aujourd'hui, c'est une tour majestueuse (la Tour Pointue, ou Spijker en flamand) et quelques vestiges intégrés dans le tissu urbain. Ce n'est pas spectaculaire au sens grand-spectacle du terme, mais c'est émouvant. On se rend compte que Bergues a été un centre religieux important pendant des siècles, bien avant d'être un village-décor de comédie française.
Infos pratiques Bergues
- Distance depuis Dunkerque : 8 km, 12 min en voiture
- Transports en commun : Bus DK'Bus ligne 8 (environ 20 min)
- À vélo : Route ViaFlandrica, piste cyclable bien balisée (~30 min)
- Parking : Gratuit place du marché et autour des remparts
- Marché : Jeudi matin, place du marché (toute l'année)
- Beffroi : Ouvert au public d'avril à octobre, renseignez-vous auprès de la mairie
- Office de tourisme : Dans le centre historique, à deux pas du beffroi
Le potjevleesch au restaurant du coin, et pas au restaurant pour touristes
Voilà le moment délicat. Depuis le film, quelques établissements ont misé sur l'effet Ch'tis pour gonfler les prix et proposer un potjevleesch réchauffé dans des assiettes avec la photo du film imprimée dessus. On va pas vous mentir : ça existe. On l'a vu.
Le potjevleesch, c'est quatre viandes (veau, poulet, lapin, porc) en gelée, servi froid avec des frites. C'est le plat typique de la Flandre maritime. Le bon potjevleesch se reconnaît à sa gelée claire et parfumée au genièvre, ses viandes fondantes, et ses frites fraîches (pas surgelées). À Bergues, on recommande de chercher les petits établissements de la place du marché plutôt que ceux qui ont un panneau « Bienvenue chez les Ch'tis » en devanture. La règle est universelle : plus c'est mis en avant pour les touristes, moins c'est bon.
Pour un panorama plus complet des bonnes adresses autour de Dunkerque, notre guide des estaminets de Flandre est fait pour ça.
Le marché du jeudi : Bergues sans le film
Si vous voulez voir Bergues comme elle est vraiment, sans les groupes de touristes en recherche de lieux de tournage, venez un jeudi matin. Le marché occupe la place depuis des siècles (littéralement : les foires de Bergues sont attestées depuis le Moyen Âge). On y trouve des fromages locaux, des légumes du Westhoek, des biscuits flamands, du café en vrac, et des stands de charcuterie qui vendent de vrais andouillettes artisanales.
C'est aussi le moment où les anciens de Bergues se retrouvent autour d'un café au comptoir. Il a plu. Normal. On est dans le Nord. Et pourtant la place est animée, les conversations fusent en ch'ti et en français mélangés, et on comprend pourquoi Dany Boon a choisi cet endroit. Bergues est vivant, pas seulement beau. C'est la différence entre un village-musée et un village qui respire.
Comment y aller depuis Dunkerque, et profiter du trajet
La question la plus posée : faut-il vraiment prendre la voiture ? Non. Et même on déconseille. Bergues n'est pas grande, le centre ne mérite pas un parking, et de toute façon les meilleures approches sont autrement plus agréables.
À vélo : La route ViaFlandrica passe par Bergues. C'est une eurovéloroute (EV5) qui relie Cantorbéry à Rome en passant par... Bergues. Oui. On est sur le trajet Rome-Cantorbéry. L'étape Dunkerque-Bergues fait 8 kilomètres sur des pistes parfaitement balisées, en traversant les polders flamands. Plat comme une table (ça aide), avec des moulins au loin et des canaux qui brillent au soleil, quand il y en a. Pour en savoir plus, on a préparé un guide complet sur le vélo en Flandre.
En bus : La ligne 8 du réseau DK'Bus relie Dunkerque à Bergues en une vingtaine de minutes pour quelques euros. Pratique pour l'aller, revenir à vélo si vous avez laissé un vélo en ville.
Village-musée vs village vivant, les deux à la fois
La tension que ressentent souvent les visiteurs de Bergues, c'est celle-là : est-ce qu'on visite un musée à ciel ouvert, ou est-ce qu'on est dans un vrai endroit où des gens vivent ? La réponse, c'est les deux. Et c'est exactement ce qui fait l'intérêt de la chose.
Les remparts Vauban sont aussi les endroits où les gamins du coin font du vélo le soir. Le beffroi carillonne l'heure pour les habitants autant que pour les touristes. Le marché est une vraie institution économique, pas une reconstitution folklorique. Bergues n'a pas besoin de jouer un rôle, elle est déjà ce qu'elle est, depuis des siècles.
Ce qui la distingue des villages touristiques devenus trop lisses, c'est précisément cette vie ordinaire qui continue. Des enfants qui sortent de l'école, un boulanger qui ferme à midi, un vieux qui traverse la place avec son chien. Pas de boutiques de souvenirs à chaque coin de rue (enfin, deux ou trois, soyons honnêtes). Et une fierté locale totalement non-performée.
Pour continuer à explorer la Flandre, Cassel et ses Monts de Flandre sont à 30 minutes de route , un autre village qui joue dans la même cour, mais en hauteur cette fois.