Vue depuis le quai de la Citadelle, le Musée Portuaire ne paie pas de mine. Un bâtiment en brique rouge, des bateaux amarrés dans l'eau sombre du bassin du Commerce, une façade discrète. On a passé devant des dizaines de fois sans s'arrêter, enfants. Et puis un jour on est entré. Mieux qu'il n'y paraît depuis la rue, c'est le verdict honnête qu'on vous donne, sans fioriture.

Le port comme patrimoine vivant

Le Musée Portuaire de Dunkerque a ouvert ses portes en 1982, installé dans les anciens entrepôts tabatières du quai de la Citadelle, de longs bâtiments en brique du XIXe siècle, à deux pas du bassin du Commerce et du beffroi. Le site a quelque chose d'intelligent : le musée ne se contente pas de présenter des objets dans des vitrines. Il vous met dans le port, physiquement, avec les bateaux amarrés en contrebas et l'atmosphère du bassin qui pénètre par les fenêtres.

L'axe central du musée, c'est l'histoire maritime de Dunkerque sur sept siècles, de la pêche flamande médiévale jusqu'aux grandes années de l'industrie portuaire au XXe siècle. Ce qui frappe, c'est la dimension humaine du propos : on ne parle pas ici de tonnes de marchandises et de statistiques d'exportation. On parle de marins. De pêcheurs qui partaient pour l'Islande en mars et revenaient (quand ils revenaient) en septembre. De familles qui attendaient.

Les trois bateaux : la vraie raison de venir

La collection flottante est le grand argument du musée. Trois bateaux historiques sont visitables à quai, et c'est là que la visite prend une autre dimension.

Le Sandettié est un bateau-feu, l'un de ces navires qui servaient de phares flottants, ancrés au large sur les bancs dangereux pour signaler leur position aux navires de passage. Le Sandettié a officié sur le banc du même nom, à l'entrée du Pas-de-Calais, l'un des points de passage les plus fréquentés et les plus risqués de la Manche. À bord, les conditions de vie de l'équipage, réduit, isolé, balancé pendant des semaines sur un mouillage fixe, sont reconstituées avec une précision qui donne le vertige.

La vedette VB Ruytingen, elle, est directement liée à l'Opération Dynamo. Ce type de vedette de port, rapide et manœuvrable, a participé aux rotations entre la plage et les grands bateaux lors de l'évacuation de juin 1940. Être à bord, avec la rade de Dunkerque visible depuis le pont, donne une idée concrète, et assez vertigineuse, de ce que représentait cette opération logistique et humaine. Pour aller plus loin, notre article sur le mémorial de Dunkerque 1940 revient en détail sur la chronologie et les lieux.

Le troisième bateau, un chalutier à vapeur reconverti, représente la pêche hauturière qui a structuré l'économie dunkerquoise pendant des décennies. On y comprend les conditions de travail à bord d'un chalutier au large de l'Islande, les filets, les cales à glace, les hamacs empilés dans des espaces qui tiendraient dans un studio parisien. Les femmes de marins attendaient des mois. Les compagnies d'assurance calculaient les primes de risque en tenant compte des pertes régulières. C'est une histoire dure, que le musée raconte sans sentimentalisme inutile.

Les galeries intérieures : ce qu'on retient

Dans les entrepôts eux-mêmes, les collections permanentes sont organisées autour de plusieurs thèmes. La galerie des marins-pêcheurs de l'Islande est la plus émouvante, on y trouve des objets personnels (carnets de bord, photographies, outils de navigation), mais aussi une reconstitution de la salle commune d'un bateau de pêche de la fin du XIXe siècle. La galerie sur le commerce maritime retrace l'évolution du port de Dunkerque, de la Hanse flamande aux grands quais industriels du XXe siècle.

L'angle Opération Dynamo est présent en permanence, mais pas écrasant, le musée choisit de contextualiser l'évacuation dans la longue histoire maritime de la ville, plutôt que d'en faire l'unique point focal. C'est un choix honnête : 1940, c'est neuf jours dans sept siècles d'histoire portuaire. Pour les expositions temporaires, qui changent chaque saison et portent souvent sur des aspects méconnus de la navigation ou de l'histoire du Nord, , vérifiez le programme sur le site du musée avant votre visite.

La question qu'on se pose tous

Est-ce que ça vaut le coup avec des enfants ? La réponse courte : oui, à partir de 8-10 ans. Les bateaux à eux seuls justifient la visite, monter à bord d'un bateau-feu, explorer les cabines d'un chalutier, ça reste du concret. En dessous de 8 ans, l'aspect documentaire des galeries intérieures peut être long. Une solution : concentrez la visite sur les bateaux et gardez les galeries pour les adultes.

Pour compléter la journée, le Fort des Dunes de Leffrinckoucke est à une quinzaine de kilomètres et aborde la Seconde Guerre mondiale sous un angle différent, les tunnels du commandement de l'évacuation. Les deux sites se complètent bien si vous avez une journée complète à consacrer à l'histoire de 1940. Et si c'est le côté corsaire qui vous intéresse davantage, notre article sur Jean Bart vous donnera un autre éclairage sur l'histoire maritime de Dunkerque.