Il y a des événements qu'on peut vous décrire de loin et vous faire une idée. Et puis il y a le carnaval de Dunkerque. Là, la description ne suffit pas, et tous ceux qui y sont allés vous diront la même chose. On peut expliquer les bandes, le jet de harengs, les confréries, les déguisements, la bière. Ça reste des mots jusqu'au moment où vous vous retrouvez au milieu de 80 000 personnes qui chantent en chœur sous un ciel de février. À ce moment-là, vous comprenez.

1397 : quand les marins inventaient le carnaval sans le savoir

L'histoire officielle fait remonter les premières traces écrites du carnaval dunkerquois à 1397. À l'époque, les armateurs de la ville offraient aux marins-pêcheurs, avant leur départ pour la grande pêche à la morue au large de l'Islande et de Terre-Neuve (un voyage de plusieurs mois dans des conditions difficiles), une journée de fête, un repas et une distribution de vivres. Une façon de les remercier, peut-être aussi de les encourager à revenir. Le genre de geste qui, répété sur des siècles, finit par devenir une institution.

La fête s'est étoffée au fil du temps. Au XVIIe siècle, les confréries commencent à s'organiser. Au XIXe, les bandes prennent leur forme actuelle. Au XXe, le carnaval devient ce phénomène sociologique unique qui réunit chaque année, le temps de quelques semaines en hiver, des dizaines de milliers de Dunkerquois et de visiteurs dans les rues de la ville, masqués, déguisés, chantants, et parfaitement imperméables au mauvais temps.

La bande : comprendre ce qui se passe vraiment

Au cœur du carnaval, il y a la bande. Ce n'est pas une parade au sens classique du terme, pas de chars fleuris, pas de spectateurs sur les trottoirs. La bande, c'est un cortège de plusieurs milliers de personnes qui avancent ensemble dans les rues en suivant le tambour-major et sa clique (fanfare). Tout le monde défile, tout le monde chante, tout le monde est costumé. La frontière entre participant et spectateur n'existe pas. Vous êtes dans la bande ou vous regardez depuis un café, et en général, au bout de dix minutes, vous rentrez dans la bande.

La bande suit un itinéraire codifié dans la ville, s'arrêtant à des points précis pour des chants collectifs (couplets) ou des ritournelles. Chaque quartier a ses propres chansons, ses propres traditions, ses propres confréries. La Bande de la Sainte-Cécile, la plus ancienne, est née dans le quartier du même nom. La Grande Bande de Dunkerque, celle du centre-ville, rassemble le plus grand nombre de participants. On en compte des dizaines au total.

Le jet de harengs : ça vole, ça sent, c'est parfait

L'image la plus connue du carnaval dunkerquois reste le jet de harengs. Depuis le balcon de l'Hôtel de Ville, officiellement, depuis 1979 sous sa forme actuelle, le maire et les personnalités locales lancent des harengs fumés dans la foule massée place Jean Bart. Le public les attrape, les exhibe comme des trophées, et certains les mangent sur le champ (goût fumé, légèrement salé, c'est correct).

L'origine de cette pratique renvoie aux distributions de vivres faites aux marins avant leur départ, le hareng était le poisson de base de l'alimentation maritime. Aujourd'hui, on distribue entre 500 et 1 000 harengs par session. Si vous en attrapez un, vous avez la bonne histoire à raconter au dîner. Si vous n'en attrapez pas, vous aurez au moins la photo de quelqu'un qui en tient un.

Les confréries : le carnaval a ses chevaliers

Les confréries sont les gardiens du carnaval. Groupes organisés, souvent en costume historique, elles participent à l'organisation des bandes, maintiennent les traditions, et représentent différents aspects de la vie dunkerquoise, les pêcheurs, les marins, les artisans. La Confrérie du Carnaval de Dunkerque chapote l'ensemble et veille à ce que l'événement reste fidèle à son esprit d'origine.

Rejoindre une confrérie n'est pas réservé aux locaux de naissance, certaines acceptent des membres venus d'ailleurs, à condition de s'engager sur la durée et de respecter les codes. Si vous venez plusieurs années de suite (ce qui arrive souvent, le carnaval crée des addictions), renseignez-vous. C'est une belle façon de s'ancrer dans la ville.

Comment survivre au carnaval : le guide pratique

Le déguisement d'abord. Sans déguisement, vous pouvez regarder, mais vous ne participez pas vraiment. Les Dunkerquois font des costumes élaborés, préparés des mois à l'avance. Il n'y a pas de thème imposé, tout est permis. La tradition veut que les hommes se déguisent en femme (la travesti est une institution), mais c'est une tradition, pas une règle. Chapeau extravagant, perruque colorée, costume d'époque, déguisement de personnage politique : tout fonctionne. Ce qui ne fonctionne pas : arriver en jean et T-shirt.

Ce qui entre dans la bande : oui ou non ? Les canettes de bière en aluminium sont acceptées. Les bouteilles en verre sont interdites, des vigiles vérifient aux points d'accès de la bande. C'est une mesure de sécurité logique quand 50 000 personnes sont dans un espace réduit. Le plastique est toléré. La bière locale (Ch'ti, Grimbergen, Kronenbourg du Nord) est disponible partout. Si vous ne buvez pas d'alcool, des boissons chaudes sont vendues par des vendeurs ambulants.

La météo de carnaval. Février dans le Nord, c'est froid. Il a plu. Normal. On est dans le Nord. La moyenne de température en février à Dunkerque est de 5-7°C. Il peut faire 0°C le matin, 10°C l'après-midi. Emportez des vêtements chauds en dessous du costume, une combinaison thermique sous le déguisement est une solution éprouvée. Des chaussures imperméables sont recommandées. Le sol peut être boueux ou glissant.

La différence entre la Bande Sainte-Cécile et la Grande Bande. La Grande Bande de Dunkerque est l'événement central, le plus gros rassemblement, qui se tient en général le dimanche gras et le mardi gras dans le centre-ville. La Bande Sainte-Cécile est plus ancienne, plus intime, ancrée dans son quartier. Pour une première expérience, la Grande Bande est la référence. Pour votre deuxième ou troisième carnaval, explorez les bandes de quartier, souvent plus authentiques dans leur atmosphère.

Ce que Dunkerque fait que les autres ne font pas

La grande question qu'on pose souvent : en quoi le carnaval de Dunkerque est-il différent des autres ? La différence avec Nice (le plus fréquenté de France en nombre de visiteurs) est fondamentale : à Nice, le carnaval est un spectacle, vous regardez des chars passer. À Dunkerque, le carnaval est une participation. Il n'y a pas de scène, pas de tribune, pas de spectateurs installés. Vous êtes dans l'événement ou vous ne l'êtes pas.

La différence avec Binche (en Belgique, à 2h de Dunkerque), classé patrimoine de l'UNESCO, est de nature différente : Binche est plus cérémoniel, plus codifié, les Gilles (ses masques traditionnels) suivent un protocole millimétré. Dunkerque est plus chaotique, plus populaire, moins esthétisé, et c'est exactement ce qui fait son charme. On a comparé les deux dans notre article Carnaval de Dunkerque vs Binche.

Pour comprendre Dunkerque en dehors du carnaval, pour planifier votre hébergement et voir l'agenda complet des événements, ou pour les infos pratiques sur la ville, on vous a tout préparé.