Dunkerque n'est pas une ville difficile à visiter. Mais elle a ses spécificités, ses pièges classiques, et ses façons de se rater tranquillement sans s'en rendre compte. On a vu défiler les mêmes erreurs pendant des années, certaines parce qu'on les a faites nous-mêmes, d'autres parce qu'on a regardé les autres les faire depuis le comptoir d'un estaminet. Voilà les cinq principales, dans un esprit de pure solidarité nordiste.

Erreur n°1 · Manger face au port

C'est le réflexe de tout visiteur qui arrive à Dunkerque par le centre-ville : on sort de la gare, on marche vers le port, on voit les terrasses avec vue sur les bateaux, et on s'assoit. C'est logique, c'est humain, c'est une erreur.

Les restaurants qui donnent directement sur le bassin du Commerce et les quais touristiques de Dunkerque sont, dans leur grande majorité, des attrape-touristes au sens le plus littéral du terme. Menu plastifié avec photos, moules-frites pas mauvaises mais pas non plus exceptionnelles, personnel qui gère le flux plutôt que le repas. On vous donnera à manger. Mais vous n'aurez pas mangé à Dunkerque, vous aurez mangé dans un restaurant générique avec une belle vue.

La vraie table dunkerquoise, elle est dans les ruelles derrière le port, à deux cents mètres de là. Les estaminets de quartier qui ne font pas d'effort de vitrine parce qu'ils n'en ont pas besoin : leur clientèle est locale et fidèle. On parle d'endroits où le potjevleesch est fait maison, où la bière est régionale, et où le patron vous dira franchement si vous avez commandé le mauvais plat pour la saison. C'est moins photogénique. C'est tellement meilleur.

Pour trouver ces adresses, notre guide des restaurants dunkerquois fait le tri, avec des adresses concrètes et des avis qui ne sont pas des euphémismes polis. Et pour les vrais estaminets flamands dans un rayon de 30 km, la page estaminets de Flandre est là pour ça.

Erreur n°2 · Venir pendant le carnaval sans réserver l'hôtel 6 mois avant

On veut venir au carnaval de Dunkerque. C'est une excellente décision. Le carnaval de Dunkerque, c'est pas un folklore, c'est une religion, 80 000 à 100 000 personnes dans les rues, des harengs qui volent, des bandes qui chantent depuis 1553, une atmosphère qui n'existe nulle part ailleurs en France. Donc oui, venez. Mais venez préparés.

La réalité du marché hôtelier dunkerquois pendant le carnaval : les prix triplent, parfois quadruplent. Un hôtel 2 étoiles qui prend 70€ la nuit en temps normal peut monter à 220€ pendant la grande bande. Et ce n'est pas le pire : les chambres disponibles à la dernière minute se louent à des prix absurdes via des plateformes qui profitent de la pénurie.

Surtout : tout se loue en 48 heures dès que les dates officielles du carnaval sont annoncées. Les dates sont communiquées par la mairie généralement en septembre-octobre pour le carnaval de l'année suivante (qui a lieu en février-mars). Dès l'annonce : réservez. Cette nuit-là. Pas le week-end suivant. Cette nuit-là.

Si vous arrivez trop tard pour Dunkerque-ville, pensez Malo-les-Bains, à 3 km du centre par les DK Bus gratuits, ou cherchez du côté de Bergues (8 km), qui a parfois des disponibilités quand Dunkerque affiche complet. Notre guide hébergements a les alternatives par secteur.

Erreur n°3 · Croire que Bergues c'est "le village des Ch'tis" et rien d'autre

Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon a été tourné à Bergues en 2008. C'est un film charmant, il a fait 20 millions d'entrées, et il a attiré des milliers de visiteurs dans ce village de 4 000 habitants. Ce n'est pas un problème, le problème, c'est quand les gens viennent à Bergues uniquement pour "voir le village du film" et repartent sans comprendre ce qu'ils ont vraiment sous les yeux.

Bergues est une ville fortifiée de Vauban, l'architecte militaire de Louis XIV qui a dessiné plus de 150 fortifications en Europe. Les remparts sont classés. La silhouette de la ville vue du canal, avec le beffroi qui domine, est une des images de la Flandre maritime les plus belles qui soient. Ce n'est pas un décor de cinéma : c'est un patrimoine architectural du XVIIe siècle qui a survécu à la guerre parce que la ligne de front est passée assez loin.

Gastronomiquement, Bergues c'est aussi le potjevleesch dans les vrais estaminets qui ne s'appellent pas "Ch'ti Café" pour les touristes. Le fromage de Bergues, une spécialité locale lavée à la bière, à l'odeur puissante et au goût qui mérite mieux que sa réputation, se mange ici dans de meilleures conditions qu'ailleurs. Et le marché du samedi matin autour de la Grand-Place est un des marchés flamands les plus authentiques de la région.

Notre page sur Bergues va plus loin sur tout ça. Spoiler : on aime Bergues, et on n'a pas eu besoin du film pour ça.

Erreur n°4 · Ignorer la côte belge à 12 kilomètres

On est à Malo-les-Bains. La mer du Nord est là. La digue est là. Et à 12 kilomètres vers l'est, littéralement en face, si on regarde bien, c'est la Belgique. De Panne, exactement. Et la plupart des visiteurs dunkerquois ne la voient jamais.

C'est une des erreurs les plus incompréhensibles qu'on rencontre. Traverser la frontière franco-belge dans ce secteur ne prend pas plus de 15 minutes en voiture depuis Malo-les-Bains. Il n'y a plus de douane depuis 1993. On passe d'un pays à l'autre sans s'en apercevoir, sauf que soudainement les panneaux de signalisation sont en flamand, les baraques à frites sont différentes (et les meilleures du monde, et si vous dites non, on ne discute plus), et l'architecture balnéaire a quelque chose d'un peu différent, plus grand, plus audacieux dans ses années 70.

De Panne a une plage immense, plus grande encore que Malo, avec des dunes qui font 30 mètres de haut juste derrière. Koksijde a une abbaye en ruines et une réserve naturelle de dunes qui est un des espaces naturels les mieux préservés de cette côte. Nieuport, à 25 km, est un port de plaisance historique avec un cimetière militaire qui fait partie des plus émouvants que j'aie jamais vus.

Pour l'organisation du côté de chez nous, notre guide de la Belgique frontalière a tout ce qu'il faut. Et pour ceux qui veulent faire ça à vélo un dimanche matin, c'est la meilleure façon de traverser la frontière, notre guide vélo en Flandre trace les itinéraires.

Erreur n°5 · Prendre la voiture pour tout

On comprend. En France, on prend la voiture par défaut, c'est un réflexe culturel. Et pour certaines choses à Dunkerque et ses environs, la voiture est effectivement nécessaire : Bergues, Cassel, Hazebrouck, les estaminets perdus dans les polders. Mais pour se déplacer dans Dunkerque même, et pour aller à Malo-les-Bains, la voiture est non seulement inutile, elle est souvent contreproductive.

DK Bus : gratuit, fiable, fréquent. Depuis 2018, le réseau de bus de l'agglomération dunkerquoise est totalement gratuit pour tout le monde. Pas de ticket à acheter, on monte, on descend. La ligne C1 relie la gare à Malo-les-Bains en 15 minutes, toutes les 10-12 minutes en journée. C'est exactement le temps qu'il vous faudrait pour trouver un parking à Malo en été.

Le vélo est l'autre option sérieuse. Dunkerque est plate comme une crêpe, c'est la topographie des polders flamands, aucune côte à plus de quelques mètres d'altitude. À vélo, la gare-Malo c'est 20 minutes de pédalage tranquille sur des pistes cyclables décentes. Vélam (le libre-service de vélos) a des stations dans tout le centre. Et si vous avez votre propre vélo, les équipements cyclables dans l'agglomération se sont beaucoup améliorés ces dernières années.

Pour le carnaval, prendre la voiture jusqu'au centre-ville est carrément à éviter : les rues du périmètre sont fermées à la circulation, les parkings autour débordent dès le matin, et se retrouver coincé dans un embouteillage carnavalesque avec 80 000 personnes en costume autour de vous, c'est une expérience moins agréable qu'il n'y paraît. Venez en train depuis Lille ou Paris (voir notre guide sur venir à Dunkerque en train), prenez le DK Bus de la gare, et profitez du spectacle sans chercher à vous garer.

On a toutes fait ces erreurs. Pas forcément à Dunkerque, mais dans d'autres villes, d'autres pays, avec les mêmes réflexes de touriste qui ne connaît pas encore l'endroit. C'est comme ça qu'on apprend. Et une fois qu'on sait, on revient différemment : on cherche les ruelles derrière le port, on réserve l'hôtel six mois avant, on traverse la frontière belge juste pour les frites, et on laisse la voiture à la gare.

Dunkerque mérite qu'on la découvre vraiment, pas qu'on la survive. Et pour ça, un peu de préparation change tout.

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